Le "Red Bull" est une boisson énergisante, contenant un composant controversé : la taurine. Controverse limitée, puisque 144 pays dans le monde l’ont autorisée, dont 25 des 27 pays de l’union européenne. Mais la France est restée suspendue aux avis défavorables émis par le Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF) en 1996, 2001, 2003, 2005 et 2006, qui avait constaté quelques « effets neuro-comportementaux indésirables » de la substance.
En septembre 2006, à la demande de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, l’agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) a évalué les risques liés à la consommation de cette boisson. Le rapport est consultable sur le site de l’AFSSA.
Ainsi, il était écrit :
Taurine : les anomalies du comportement observées, l’hyperactivité et l’effet locomoteur évoqués dans les avis précédents constituent des signaux d’alerte de neurotoxicité dont la portée nécessite d’être prise en considération. Les biais méthodologiques de l’expérimentation, avancés par le pétitionnaire n’occultent pas pour autant les effets observés (automutilation notamment).
Considérant l’interaction du produit avec l’alcool :
L’association du mélange caféine-taurine-D-glucuronolactone avec l’alcool est abordée par le CSAH dans son évaluation de 2003. La consommation d’alcool en conjonction avec le produit est en effet avérée comme importante dans les pays où le produit est déjà commercialisé (Ferreira et al., 2004 [1]).
Un effet potentialisateur des effets excitants de l’alcool et une inhibition de ses effets dépressifs est évoquée (Ferreira et al., 2004). Le produit, en potentialisant les effets excitants de l’alcool et en diminuant ses effets dépressifs, diminue la perception mais pas la réalité de l’intoxication alcoolique ; une moindre perception d’intoxication alcoolique peut favoriser à la fois la consommation d’alcool et la prise inconsidérée de risque. Certaines autorités nationales (Canada, Irlande, Suède) ont émis une mise en garde de la population en préconisant de ne pas consommer le produit en association avec la consommation d’alcool, et/ou proposent que soit apposé sur le produit un avertissement pour indiquer que la consommation ne doit pas être associée à celle d’alcool.
Et, dans ses conclusions :
Souligne par ailleurs que certaines situations d’emploi effectif de la boisson (activité sportive, prise concomitante d’alcool) sont associées, selon les données de la littérature, d’une part à un risque cardio-vasculaire à l’exercice, et d’autre part à un risque de perception amoindrie des effets, par ailleurs conservés, liés à l’alcool.
Le ministère de la santé, suivant cet avis, avait interdit la commercialisation de Red Bull en France. Le fabricant avait alors proposé de vendre une boisson proche, Bullit, où la taurine et le glucuronolactone étaient remplacés par de l’arginine. Ainsi, la première version commercialisée en avril 2008 ne contenait donc plus de taurine.
Mais en mai 2008, coup de théâtre : la version originale du Red Bull est autorisée sur le territoire français par le Ministère de l’Economie et des Finances, notamment pour des raisons d’harmonisation européenne (et pour échapper aux lourdes pénalités européennes).
La version actuelle sans taurine a disparu des rayons des magasins le 15 juillet 2008. L’Afssa conserve pourtant un avis négatif sur la boisson et l’assimile à un produit dopant. Le Ministère de la Santé a tout de même obtenu que les cannettes portent les mentions « déconseillé aux femmes enceintes et aux enfants ». Et Mme Bachelot-Narquin conseille aux parents, par mesure de précaution, de boycotter le Red Bull. « Le Red Bull est une boisson qui n’a aucun intérêt en termes énergétiques, qui n’a aucun intérêt nutritionnel et qui a des dangers importants ». Roselyne Bachelot persiste et signe.
Composition (par canette) :
taurine (1000 mg),
caféine (80 mg)
sucre (glucose, saccharose, acésulfame K : 27 g),
glucuronolactone (0,6 g),
inositol, citrates, colorants, parfums,
vitamines B2 (3 mg),
vitamines B3 (20 mg),
vitamines B5 (5 mg),
vitamines B6 (5 mg),
vitamines B12 (5 micro-g).
On voit ainsi que la présence :
des vitamines B intervient pour l’amélioration des performances intellectuelles et pour l’endurance physique (et ce n’est pas du dopage ??).
de la taurine intervient en cas de fortes sollicitations physiques ou de stress.
Quant à la caféine, une publication de Reissig et al. [2] dans Drug and Alcohol Dependence (consultable en ligne) précise que la présence de caféine :
diminue la perception des troubles de la coordination motrice lorsque Red Bull est consommé avec de la vodka,
diminue les symptômes de l’intoxication alcoolique, avec prise de risque (sexe, conduite automobile) et augmentation de blessures et accidents,
peut déboucher sur une véritable dépendance à la caféine (tolérance et syndrome de manque).
Parmi les consommateurs de caféine et d’alcool, on retrouve souvent des troubles psychiatriques : état dépressif majeur, trouble anxieux généralisé, trouble panique, personnalité antisociale, dépendance à l’alcool, au cannabis et à la cocaïne (Kendler et al., 2006 [3]).
Les résultats de cette publication rejoignent ceux observés par K. Miller [4]
Les consommateurs réguliers de Red Bull sont aussi :
des consommateurs d’autres substances (alcool, tabac, cannabis),
des sujets qui ont des comportements à risque (sport extrême, défit, sexe non protégé, pas de ceinture de sécurité au volant).
Ainsi, pour résumer, cette boissons énergisante est nocive pour la santé [5], en raison de la présence de caféine, qui - en plus des effets sur le système cardio-vasculaire - est responsable (lors de consommation associée d’alcool) de moins de sensations de l’intoxication alcoolique [6] :
moins de maux de tête,
moins de fatigue,
moins souvent la bouche sèche,
moindre perception des troubles de la coordination motrice.
en raison des effets excitateurs, qui sont ainsi plus longs et plus intenses.
[1] Ferreira, S. E., de Mello, M. T., Rossi, M. V., & Souza-Formigoni, M. L. (2004) Does an energy drink modify the effects of alcohol in a maximal effort test ? Alcohol Clin Exp Res 28 : 1408-1412.
[2] Reissig, C.J., et al., Caffeinated energy drinks—A growing problem. Drug Alcohol Depend (2008),doi:10.1016/j.drugalcdep.2008.08.001
[3] Kendler, K.S., Myers, J., Gardner, O.C., 2006. Caffeine intake, toxicity and dependence and lifetime risk for psychiatric and substance use disorders : an epidemiologic and co-twin control analysis. Psychol. Med. 36, 1717–1725.
[4] Kathleen Miller. Energy Drinks, Race, and Problem Behaviors Among College Students, Journal of Adolescent Health 43 (2008) 490–497.
[5] Kevin A. Clauson, Kelly M. Shields, Cydney E. McQueen, and Nikki Persad. 2008. Safety issues associated with commercially available energy drinks. J Am Pharm Assoc. 2008 ;48:e55–e67. doi : 10.1331/JAPhA.2008.07055
[6] Ferreira, S.E., de Mello, M.T., Pompeia, S., de Souza-Formigoni, M.L., 2006. Effects of energy drink ingestion on alcohol intoxication. Alcohol Clin. Exp. Res. 30, 598–605.
